14 déc. 2018

Victorinox

The Lazy Gardener – December

Offrir au sol une période de calme et de repos

L’hiver qui s’annonce enveloppe le jardin d’une magie toute particulière ; c’est un monde composé d’étranges squelettes d’arbres et d’arbustes. La neige forme de petits chapeaux sur les larges ombelles des plantes de fenouil. Les asters se fanent, laissant place à du duvet cotonneux qui renferme les graines et donne à ces fleurs une nouvelle vie pendant les jours de gel. Observer les oiseaux qui viennent picorer les graines des ombelles offre également un magnifique spectacle. De nombreuses plantes peuvent être ignorées pendant l’hiver, à moins que d’importantes neiges ne soient prévues.

Une fois le givre bien installé dans le jardin, ce dernier semble tout droit sorti d’un conte de fées hivernal. Les conifères habillés de neige et les formes complexes des branches des arbres donnent au paysage une immobilité presque solennelle. Si le soleil parvient à poindre lors de ces froides journées d’hiver, tout scintille dans le jardin « enchanté ». Et lorsque la lune brille sur ces sculptures rigides dans le jardin une de ces nuits froides sans nuages, c’est pour mieux révéler une scène d’une unique beauté. Cependant, seuls les jardiniers qui ont su maîtriser leurs sécateurs pendant l’automne peuvent bénéficier d’un jardin si fantastique en hiver. C’est pourquoi, nous le répétons encore et encore : les plantes, autant que possible, doivent être laissées en paix pendant tout l’hiver.

Profiter de son jardin en hiver

Se frayer un chemin dans la neige, une tasse de thé fumante à la main, n’a pas son pareil pour vous faire du bien et vous faire retrouver le calme. Contempler les curieuses fleurs de glace qui ornent les plantes et arbustes, et observer les oiseaux à la recherche de nourriture procurent à votre esprit ce même effet rassérénant. Il nous arrive même parfois de surprendre un chevreuil fouillant les parterres couverts de neige pour y dénicher quelques légumes. Les buttes de culture fument les jours ensoleillés et, si la température le permet, nous nous retrouvons avec nos proches et nos amis pour partager une fondue ou une raclette, à l’extérieur.

Offrir au sol une période de calme et de repos

La terre n’a pas besoin d’être bêchée pendant l’hiver, car cela tasse inutilement le sol humide et dur. Il existe d’autres opinions à ce sujet : certaines personnes conseillent de bêcher à l’automne, d’autres de laisser le sol en jachère, alors que d’autres encore (nous compris) recommandent de ne rien faire, c’est-à-dire de laisser la terre en l’état. De nombreuses et minuscules créatures vivent exclusivement dans certaines strates de terre bien précises. Si l’on modifie ces strates et leurs structures en bêchant le sol ou en le travaillant mécaniquement, nous forçons ces créatures à vivre dans des environnements qui leur sont très néfastes, ce qui empêche leur travail et par conséquent nous prive des bienfaits que ce travail procure. C’est pourquoi nous préférons les plantations vivaces, l’engrais vert et les « cosmétiques pour sol » composés d’extraits d’orties et de consoude. Cette méthode simple de gestion du sol s’est avérée efficace pour nous.

Cueillettes d’hiver
Les mois d’hiver ne sont pas du tout aussi improductifs que vous pourriez le penser. Si, par chance, la météo a été clémente et qu’il n’a pas gelé, vous pourrez récolter des variétés de crucifères : choux de Bruxelles, choux blancs et rouges, choux-fleurs et l’indestructible kale, ce chou frisé riche en vitamines. Mais également des légumes racines comme les rutabagas, les panais, les céleris-raves et les navets, tous frais du jardin. Ainsi que des endives, du pourpier d’hiver, de la mâche, et même, en fonction du temps, quelques restes de laitue et de roquette. Vous avez le choix ; vous pouvez laisser les légumes sur les parterres ou les récolter et les stocker. Pour notre part, nous avons la chance de posséder un jardin relativement grand ce qui nous donne le luxe de laisser quelques légumes sur leurs parterres, malgré le risque qu’ils puissent geler. Les légumes fraîchement cueillis nous paraissent de meilleure qualité et ont meilleur goût que ceux qui ont été stockés.

Raifort

Le raifort cueilli en hiver est l’un des légumes racines qui renforcent l’organisme entier. Il est utilisé pour relever les plats de viande, les saucisses, les ragoûts et le poisson du fait de sa saveur épicée. Le raifort est récolté début septembre, lorsque la sève se retire dans la racine, et la récolte peut continuer tout l’hiver. En plus de son utilisation en cuisine, cette racine est également utilisée pour ses vertus thérapeutiques, principalement pour lutter contre les troubles digestifs, les toux bronchiques persistantes et les maladies pulmonaires. Ce n’est pas sans raison que cette plante est également appelée « l’antibiotique du fermier ». Le raifort contient des principes actifs comme les glycosides d’huile de moutarde, la vitamine C, la vitamine B1, les flavonoïdes et les sels de potassium. Sa saveur épicée stimule les sucs gastriques et aiguise ainsi l’appétit. On a également constaté qu’il avait un effet antispasmodique sur les muscles des organes internes. Il a aussi fait ses preuves contre les virus et les inflammations.

Le raifort est très important pour nous, c’est pourquoi nous avons tenu à en parler ici. Nous considérons qu’il est, avec l’échinacée (Echinacea purpurea), l’une des plantes les plus importantes pour affronter les maux de l’hiver et pour éviter la grippe.

Voici la recette : Crème de raifort (pour tous les amateurs de saveurs épicées) Après avoir déterré les racines de raifort, nous les lavons et les pelons. Puis nous les râpons finement et nous les mélangeons avec de la crème fouettée, du jus de citron et du sel de mer. La crème de raifort se marie bien avec la viande, le poisson, les saucisses et les « Gschwellti » (pommes de terre en robe des champs). Plus on ajoute de racine de raifort râpée, plus la préparation est piquante. Adaptez donc la quantité selon votre goût. Et si vous souhaitez l’adoucir et apporter une note plus sucrée, râpez-y un peu de pomme.

Réflexions de jardinier et perspectives futures

La transition entre l’année qui s’achève et celle qui commence est l’occasion de nous octroyer un moment de réflexion. Elle marque aussi la période où nous nous réjouissons de voir arriver le printemps. Chaque année de jardinage apporte son lot d’expériences et nous fait mûrir en tant que jardiniers et individus. Frances et moi avons l’habitude de discuter de ce que nous avons appris le soir, bien au chaud dans notre salon, près du feu. Nous pensons à ce qui a bien fonctionné et à ce qui peut être amélioré. Nous essayons de consigner nos pensées et nos expériences afin de pouvoir mettre nos résolutions en œuvre l’année suivante. Nous apprécions l’hiver, l’époque de la jachère, et nous prenons du temps pour reconstituer nos forces et profiter également d’un peu de tranquillité.

Remarques sur les jardins à entretien minime
Les jardiniers peuvent éviter d’être dépassés par le travail dans leur jardin. Un jardin à « entretien minime » doit être bien planifié. Et cela nécessite de la patience. Il faut trouver le bon équilibre entre nature sauvage et nature contrôlée. Cela commence en divisant les parcelles par choix de plantes. L’autre point important est la quantité de temps dont vous disposez. En règle générale : plus la proportion de jardin potager est grande, plus elle demande de travail. Et ce, parce que les légumes et plantes aromatiques exigent davantage d’attention que le gazon et les parterres de plantes vivaces.

Autre point dont on doit avoir conscience en tant que jardiniers, c’est le type de jardin que nous souhaitons. Les herbes aromatiques, légumes et fruits sont-ils importants, ou peut-on s’en passer ? Qu’en est-il des plantes à fleurs et de leurs magnifiques couleurs ? Les aimons-nous par-dessus tout ? Les arbres et arbustes fruitiers jouent-ils le rôle principal ? Y a-t-il un peu de tout cela ? Ou beaucoup de tout cela ? De nombreux jardiniers font l’erreur de vouloir trop tout de suite et essaient d’être autosuffisants dès le départ. Ils plantent donc chaque mètre carré, ce qui a pour résultat de devoir cueillir chaque jour raisins, myrtilles, framboises, courgettes, laitues, concombres, haricots et bien plus encore. Les arbres doivent également être taillés, les arbustes nettoyés, la couverture végétale proliférante sarclée. Tout ce qui a de l’importance doit être arrosé et désherbé, et c’est ainsi que le jardin devient une cause de stress.

Travaux d’hiver en bref

Jardin potager

  • Même si le jardin a été préparé pour l’hiver, nous ne défrichons pas tout. Les plantes vivaces qui contiennent des graines ou des têtes de semence comme le fusain ailé (fraxinelle ou Dictamnus albus), la rose trémière, le fenouil commun et l’échinacée sont laissées en paix. Elles décorent le jardin, particulièrement lorsqu’elles sont couvertes de givre. 
  • À cette époque de l’année, il y a de nombreux insectes utiles qui nichent dans les tiges et les hôtels à insectes. Ils se préparent pour l’année à venir lorsqu’ils auront à attaquer les nuisibles. C’est pourquoi il est important de ne pas défricher le jardin entièrement et de laisser tels quels herbes, feuillages, branches et tas de pierres présents un peu partout afin que les hérissons, orvets, salamandres, crapauds et grenouilles puissent y trouver refuge. 
  • Protéger du gel les parterres défrichés en les couvrant de compost et de paillis. Les tontes de gazon et déchets de jardin empêchent la perte de nutriments. Cette couverture est déposée sur les parterres défrichés en couche d’environ 1 à 2,5 cm d’épaisseur, car les micro-organismes présents dans le sol ont besoin d’un apport d’air suffisant pour transformer la matière végétale en humus riche en nutriments. Les couches trop épaisses asphyxient la terre et entraînent une dégradation des sols.
  • Nettoyer à nouveau les parterres de leurs mauvaises herbes. Répandre des feuilles facilement compostables sur les parterres.
  • Nous laissons les feuilles d’automne qui sont tombées sous les arbres et arbustes.
  • Nous broyons les feuilles qui ne se décomposent pas facilement avant d’en faire du compost. Il s’agit par exemple des feuilles de noyer, de chêne, de marronnier et de peuplier. Nous les mélangeons pour cela à d’autres matériaux organiques comme les tontes de pelouse, les petites brindilles ou les déchets de cuisine. La proportion de feuilles ne doit pas dépasser le cinquième du compost.
  • Planter les arbres et arbustes à racines nues les jours sans gel. 
  • Tailler les pommiers, poiriers et arbustes fruitiers avant que le sol ne devienne trop froid et trop humide.
  • Couvrir éventuellement les parterres d’un voile d’hivernage pour protéger les plantations des fortes pluies et du gel. 
  • Il est temps de récolter le chou chinois. Ce légume croquant supporte sans problème les légères gelées. Le chou chinois est facile à digérer et contient énormément de vitamine C, de fibres et d’oligo-éléments.
  • L’époque de récolte des choux de Bruxelles s’étend principalement du mois de novembre à la mi-janvier. Ils ne souffrent pas des légères gelées. Le gel assure même aux choux de développer une saveur optimale, car la teneur en sucre des légumes augmente lorsque les températures sont basses. Dans les régions au climat rude, il est conseillé de protéger les plants à l’aide d’un voile d’hivernage ou de branchages. 
  • Les poireaux, les endives, la mâche, les radicchios, le fenouil, les panais, les radis noirs, les betteraves, les salsifis, les topinambours, le chou-fleur, le brocoli, le chou kale et le chou blanc sont prêts pour la récolte.

Jardin ornemental

  • Les plantes en pot doivent être protégées du gel. Les pots en terre cuite ne doivent pas être posés à même sur le sol, car cela empêche un bon drainage. L’eau accumulée risque de se dilater sous l’effet du gel et de briser les pots. 
  • Placer les plantes d’intérieur, comme les orchidées, à proximité des fenêtres afin qu’elles bénéficient de toute la lumière du jour nécessaire, en évitant de les exposer en plein soleil.
  • Planter les bulbes d’amaryllis.
  • Planter les derniers bulbes de fleurs de printemps dans le jardin et dans les jardinières.
  • Drainer les citernes et canalisations d’eau du jardin potager et du jardin ornemental qui sont susceptibles de geler. 
  • Dans de nombreuses régions, les premières neiges tombent en décembre, cependant les plus fortes chutes de neige ont lieu en janvier et au-delà. Pour prévenir les dommages dus à la neige, il est conseillé de secouer la neige des arbres, arbustes et haies, et de la retirer des toits des serres et des châssis froids.


Au sommaire de janvier :

  • Planifier son jardin
  • Le début d’une nouvelle année
  • Se préparer pour une nouvelle saison de jardinage
  • Jardiner décontracté
  • Observer la nature
  • La patience : le secret des beaux rosiers
  • L’équilibre biologique
  • L’intelligence végétale

Une courte biographie de Remo Vetter, « The Lazy Gardener »

Né à Bâle en 1956, Remo a dirigé une société internationale commercialisant des produits naturels pendant plus de 35 ans. Il est aujourd’hui régulièrement sollicité pour ses qualités de paysagiste, consultant et auteur, et il a créé de nombreux projets de jardins qui ont remporté un franc succès en Suisse, en Angleterre et en Irlande.

  • Travaille à son compte depuis 2018.
  • Donne des conférences en Suisse et à l’étranger sur les moyens d’explorer la durabilité, sur notre environnement naturel interconnecté et sur la façon de trouver un sens à nos vies.
  • Nombreuses interventions à la radio, à la télévision et dans la presse écrite en Suisse et à l’étranger.
  • Chroniques mensuelles dans différents magazines.

Son livre « The Lazy Gardener und seine Gartengeheimnisse » Obtenir de meilleurs résultats dans votre potager bio en faisant de moindres efforts est disponible aux éditions atVerlag ISBN 978-3-03800-941-2